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Un statut pour les directeurs d'école? le 08-04-2008 à 15:45
Ils sont sur tous les fronts. Face à leur classe, mais aussi dans leur bureau, dans la cour, à l'écoute de leurs collègues, de leurs élèves et des parents. Sans autorité hiérarchique, ils ont en charge le bon fonctionnement de l'école et le respect de la réglementation.




Est -ce un métier?
Le Ministère de l'Éducation nationale ne reconnaît pas la fonction de directeur d'école comme un statut, mais comme une série de responsabilités, d'obligations et de compétences à l'égard des élèves, des personnels, des parents d'élèves et des partenaires de l'école.
Avec l'accroissement des missions qui leur sont confiées, notamment sur le plan administratif (réponse à des enquêtes, circulaires diverses), sur le plan de la réussite éducative, mais aussi de la santé des élèves ou de l'animation du projet d'école, les directeurs se sentent aujourd'hui submergés de travail, voire dépassés.
Ils constatent en tout cas, que leur fonction a évolué depuis 10 ou 15 ans.
-«Je suis directeur depuis 1993 et j'ai vu une évolution importante de notre fonction et de notre position par rapport à l'Inspection académique, aux élèves, aux parents et aux élus» explique Guy Rossignol, directeur du groupe scolaire Paul Frantz, à Saint-Genis-Laval, dans le Rhône, et président de l'ASL de ce département.
Pour Pascal Degasne, directeur de l'école Lucien Cingal à Moult, près de Caen, la fonction de directeur a évolué ces dernières années, essentiellement en raison de deux facteurs:
les emplois extérieurs à l' école et la prise en charge des difficultés scolaires.
"En plus des ATSEM et des personnels de service, le directeur d'école doit gérer des emplois à caractère semi-privé (AVSI, CAV, CEV) qui relèvent de sa responsabilité.
La prise en charge des difficultés scolaires implique, de son côté, le dépistage, l'animation des PPRE, et le contact avec les réseaux ou la médecine scolaire. Comment gérer les différents stades de la difficulté scolaire qui vont de l'évaluation au bilan avec les 18 heures officielles de concertation?"
fait-il remarquer.
Enfin, il faut y ajouter les relations avec les familles, qui sont aujourd'hui très exigeantes.
«Le rôle de la direction est souvent d'être, à l'occasion, le tampon entre les collègues et les familles, ce qui nous oblige à intervenir assez souvent pour calmer les choses et ramener tout le monde à la raison. C'est un important rôle de médiation et de vigilance» précise-t -il.

Un animateur présent sur tous les fronts.
Le directeur doit aujourd'hui faire le lien entre tous les acteurs et les usagers de l'école. «La partie relationnelle a énormément évolué» constate Guy Rossignol. «Je passe l'essentiel de mon temps, soit dans des réunions de partenariat (PPRE, 9 à 10 demi- journées l'année dernière), soit dans des réunions avec les parents (60 équipes éducatives par an pour les enfants en difficulté), auxquelles il faut ajouter la coordination et les comptes rendus. Il y a 10 ans, je ne connaissais pas cela! Sans parler de toutes les relations conflictuelles à gérer au sein de l'équipe d'enseignants, ou de l'école (ATSEM).»
Le directeur est en effet, avant tout, un animateur, qui doit faire en sorte que le projet d'école vive, même s'il y a parfois des tensions. "A 8 h 20, je ne sais pas de quoi ma journée sera faite !
Ce matin, j'avais dans mon bureau quatre ATSEM furieuse et menaçant de se mettre en grève parce qu'il n'y avait pas de chauffage dans les classes.
Il m'a fallu entendre les unes, rassurer les autres, remettre tout le monde au travail.
Faire face à l'imprévu c'est un métier."
Pour Pascal Degasne aussi, le directeur ne joue que sur la diplomatie et en fonction de la place qu'il se donne. Le directeur doit s'imposer par son charisme, son autorité, ses compétences, sans en avoir de statut qui permettrait à tous, acteurs et usagers de l'école, de le reconnaître en tant que tel.

C'est en tout cas le sens de la demande d'Alain Rei, directeur d'école dans la région marseillaise, et président de GDiD, une association créée en 1999 à l'initiative d'un groupe de directeurs marseillais soucieux de faire partager leurs pratiques et qui compte aujourd'hui 2000 adhérents dans toute la France."La direction d'école est devenue aujourd'hui un métier, ce qui n'était pas le cas auparavant. Elle représente une plus forte spécificité et des missions plus complexes. Nous nous considérons aujourd'hui comme des personnels de direction et nous voulons le faire reconnaître par une reconnaissance statutaire. Nous sommes le seul corps en France à être en position de direction sans en avoir le statut. L'absence de statut pose un problème de reconnaissance par les tiers, un problème identitaire pour nous et crée un malaise très fortement présent au sein des directeurs d'école. Tous les problèmes quotidiens que nous connaissons et que nous ne pouvons pas gérer faute de pouvoir sont liés à cette absence de statut."
Pourquoi pas, répondent Guy Rossignol et Pascal Degasne, à condition que ce statut ne soit pas hiérarchique, car cela pourrait être nuisible à l'harmonie qui règne dans les écoles ....
« le directeur doit rester un animateur d'équipe » estime Guy Rossignol. Même son de cloche Pascal Degasne, qui considère que «le statut donnerait une forme d'autorité, qui serait respectée par tous (on aurait bien sûr souhaité s'en dispenser ). 0n sera obligés d'y passer dans la mesure où nous sommes régulièrement considérés comme co-responsables de ce qu'entreprennent nos collègues, ou de la gestion de tout intervenant extérieur, sans cependant être leur employeur. Ce statut, les partenaires de l'école (municipalités, parents...) nous le donnent implicitement en réclamant, à tort, que nous puissions prendre des décisions autoritaires parfois. »

Autoritaire le Directeur ?
le directeur est une clé de voûte
Le directeur est aujourd'hui une clé de voûte au milieu d'un ensemble de partenaires de l'école: la mairie, avec des maires de plus en plus attentifs à la sécurité et à l'application des lois; les parents, qui sont plus attentifs en raison de la pression exercée par la société sur la réussite scolaire; l'inspection académique qui cherche à être performante et nous demande de répondre à des enquêtes ou nous confie des missions complémentaires, comme l'accueil des enfants en difficulté, des enfants handicapés ou la réussite de 100 % des enfants; les élèves, plus difficiles, informés et formés à la prise de parole et àl' esprit critique; les collègues, qui attendent beaucoup de choses d'un directeur d'école. Et enfin les associations, les centres sociaux, la crèche, le collège...
Témoignage Guy Rossignol
Directeur du groupe scolaire Paul Frantz à Saint. Genis-Laval, président de l'ASL 69

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